Un chronomètre à DEL
Avouons-le
d'emblée: voici un projet de "chronomètre" (appareil
à mesurer le temps) qui, de par sa conception et les composant
utilisés, s'apparente davantage à un vulgaire gadget qu'à un
instrument de précision! Mais le but est ici essentiellement
pédagogique, puisque nous allons exploiter deux circuits
intégrés très répandus: le compteur décimal 4017,
épaulé par le 4060 qui lui fournira son signal
d'horloge. Grâce à eux, nous pourrons visualiser, de dixième en
dixième, l'écoulement d'un laps de temps donné (1 minute, 2
minutes, etc...).
Brochage
des 4017B et 4060B
Tout
d'abord, présentation des deux circuits intégrés que nous
utiliserons. Ils comportent chacun 16 broches. Les broches
"alimentation" et "masse" sont en noir, les
sorties en rouge, les entrées d'une autre couleur.

Le
4060, oscillateur et compteur/diviseur binaire à 14 étages
Nous
ne reviendrons pas sur le 4017, que nous
connaissons bien. En revanche, le 4060 mérite
quelques commentaires. Et pour commencer, une petite mise en
garde: selon la version choisie (HCF, HEF, HCT...), les
caractéristiques ne sont pas tout à fait les mêmes! Donc
méfiance. Nous aurons ici recours aux services d'un très
classique 4060B, en version HCF. En cas de
doute, on se reportera, comme d'habitude, à la data sheet.
Le 4060 réalise deux choses: (1) il génère une
fréquence de base, que nous appellerons f(osc) et (2)
il divise cette fréquence f(osc) par un nombre
binaire pouvant atteindre 214, soit 13.384.
Supposons
que f(osc) soit égale à 26,76 kHz (soit 26.760 Hz),
on obtiendra sur la sortie notée Q14 une fréquence de 2 Hz,
donc un train d'impulsions dont la période sera de 0,5 seconde.
Ceci
revient à dire que le 4060 "compte",
dans un système 2n, le nombre d'impulsions qu'il
génère lui-même. A noter que le comptage s'effectue en logique
négative, donc sur front descendant du créneau.
La
fréquence f(osc) est obtenue par divers moyens, le
plus simple étant le montage de deux résistances et d'un
condensateur externes, selon le schéma suivant:

Attention:
la valeur minimale de Ct doit être de 100 pF (0,1 nF) et celle
de Rt doit être d'au moins 1 kilo-ohm. Quant à la résistance
désignée R2, sa valeur conseillée est environ dix fois
supérieure à celle de Rt.
Signalons
en outre la présence d'une entrée RESET (pin 12), qui remet à
zéro l'oscillateur et toutes les sorties lorsqu'elle est portée
à l'état haut.
Nous
n'irons pas plus loin dans la description de ce circuit
intégré, car nous en savons maintenant assez pour le faire
travailler. Rappelons toutefois que la tension d'alimentation ne
devra pas excéder 18 volts.
Mise
en oeuvre du 4060
Passons aux
choses sérieuses et commençons à construire notre générateur
de signaux qui, nous le verrons plus loin, fournira au 4017 son signal d'horloge.

On observe que
le 4060 est alimenté (broche 16) par une pile
de 9 volts (ou une alimentation régulée), la broche 8 étant
bien entendu reliée à la masse. On reconnait les trois
composants externes Rt, Ct et R2 (470 k) qui nous permettront de
déterminer la fréquence f(osc) selon la formule donnée à
droite. Sur la sortie Q14 (broche 3), cette fréquence sera
divisée par 214, donc 16.384. Toutes les autres
sorties resteront inutilisées (sauf si vous envisagez
"d'améliorer" le schéma!). Enfin, on notera la
présence d'un bouton-poussoir qui, lorsqu'il est appuyé,
provoque la remise à zéro du 4060.
Etape suivante:
nous allons nous offrir la possibilité de "mesurer"
non pas une durée pré-définie, mais cinq, au choix! Voici
comment:

Pas de panique:
nous n'avons fait que rajouter un commutateur rotatif à 2
ciruits et 6 positions par circuit. Le rôle de ce commutateur
est double: (1) il fait office, sur les positions 1/7,
d'interrupteur général et (2) il autorise le choix d'une durée
pré-définie parmi cinq.

Commutateur
rotatif 2 circuits / 6 positions. Les positions sont repérées
en clair face au picot correspondant.
Si ce schéma
vous laisse perplexe, voici comment ça marche. Le commutateur
étant sur 1/7 (OFF), le circuit de la pile est ouvert, le
montage n'est pas alimenté. On tourne d'un cran: sur la position
2 (circuit A) on insère Rt1 entre la broche 10 du 4060 et la résistance R2 de 470 k, tandis que simultanément, sur la
position 8 (circuit B), on ferme le circuit de la pile, qui
alimente la broche 16 du 4060. On tourne encore
d'un cran: sur la position 3 (circuit A) on insère Rt2 à la
place de Rt1, tandis que sur la position 9 (circuit B) le circuit
de la pile reste fermé (et il en sera de même sur 10, 11 et 12,
puisque toutes ces positions sont reliées entre elles). Et ainsi
de suite. Pigé, cette fois?
En résumé, on
commencera par tourner le commutateur rotatif sur la position
désirée (1 minute, 2 minutes...), puis on lancera le
"chronomètre" en appuyant sur le BP RAZ.
Si le
commutateur rotatif vous pose problème, supprimez-le et n'en
parlons plus. D'autres solutions existent: une unique
résistance Rt, ou pourquoi pas un potentiomètre en série
avec une résistance talon de 1 k, ce qui ouvre d'autres
possibilités...
Calculons
les valeurs de Rt et Ct
Partons de ce
postulat: notre durée de base sera de 1 minute et les quatre
autres durées pré-définies seront des multiples (2, 3, 4 et 5
minutes). Si ces durées ne vous conviennent pas, vous pourrez
aisément les modifier.
Nous voulons
obtenir en sortie du 4060 un train d'impulsions
dont la période sera non pas de 60 secondes, mais de 60 secondes
divisées pas 10, soit 6 secondes, puisque le 4017 allumera 10 DEL à tour de rôle, de manière à matérialiser la
progression de l'écoulement du temps.
Oui, mais... Ce
serait trop simple!
En effet, il
faut considérer qu'à la RAZ, le 4017 allumera
d'office la DEL de la sortie "0" (broche 3), qui
s'éteindra lors du prochain front montant,
c'est-à-dire le premier. Autrement dit, la première DEL restera
allumée pendant une demie période seulement, tandis que toutes
les autres s'allumeront pendant une période du signal d'horloge.
Donc, au total, il faudra diviser notre minute par 9½...
Reprenons: 60
secondes divisées pas 9½ font 6,315 secondes.
Sachant que la
sortie Q14 divise fosc par 16.384, la période t du
signal de base sera alors de 0,000385 seconde. D'où une
fréquence fosc de 2597 Hz (puisque f=1/t).
Simplifions et
contentons-nous de fosc égale à 2,6 kHz. Continuons:

Reste
maintenant à choisir Rt et Ct... Prenons Ct = 0,01 µF, ou 10
nF, une valeur courante. En d'autres mots: 10 x 10-9 F.
La suite est
facile: Rt vaudra 0,000167 divisé par 10 x 10-9, ce
qui nous donne:

Et nous voici
arrivés au bout de nos peines...
Pour une durée
double (2 minutes), il suffit de doubler Rt: 33,4 k. Pour une
durée triple, on triple: 50,1 k. Et pour 30 secondes, on divise
par deux: 8,3 k.
Ces valeurs
n'étant pas normalisées, on prendra la valeur la plus proche,
ou on mettra en série des résistances de valeurs adéquates.
Le
schéma complet
Le voici!

Par rapport à ce que nous
avons déjà vu, on observe que la sortie Q14 (broche 3) du 4060 est reliée à la broche 14 du 4017,
c'est-à-dire son entrée d'horloge. Ce que le 4017 va compter, ce sont donc les créneaux issus du 4060.
Le reste appelle peu de commentaires, si ce n'est que le BP RAZ
provoque non seulement la RAZ du 4060, mais
aussi, on l'a dit, celle du 4017 (broche 15).
Cela parait en effet préférable pour la synchronisation...
Ensuite, les DEL s'allument à tour de rôle, de la première à
la dernière... puis ça recommence. Eh oui, il n'a pas été
prévu, ici, de stopper le comptage une fois la durée totale
atteinte.
Petite question: comment
faire pour que le compteur s'arrête au terme de la durée
définie? Souvenez-vous que la broche 13 du 4017 (clock inhibit), lorsqu'elle est portée à l'état
haut, assure précisément cette fonction! Il suffit donc de
relier la broche 11 (dernière DEL) à la broche 13 et le tour
est joué!
Conclusion
Répétons-le,
ce projet de "chronomètre" à vocation purement
pédagogique ne prétend nullement à une précision d'horloge
suisse! Au demeurant, un esprit astucieux verra bien vite les
nombreuses améliorations ou modifications qu'il est possible d'y
apporter. Par exemple, on pourrait faire clignoter la dernière
DEL, ou déclencher une alarme sonore, ou étendre le comptage
décimal jusqu'à 100 (avec deux 4017 en
cascade). On pourrait encore exploiter une ou plusieurs autres
des sorties du 4060, qui sont entre elles dans
un rapport de division fixe. Bref, la richesse potentielle de ces
deux c.i. ouvre de vastes horizons aux cerveaux fertiles! |